Élargissement

Publié le 31 Mar. 2023
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RAPPORT DE FORCE // Sophie Trochet, membre de la commission orientation a présenté le thème 3. Au menu, bataille des idées, démocratie, unité, engagement internationaliste ou encore paix dans le monde.

Nous voici au troisième thème du document d’orientation : « Pour une élévation et un élargissement du rapport de force ». La sous-commission du thème 3 a traité 1 513 amendements, déposés par 125 syndicats.

Développer ce thème, c’est donner du corps et du poids à notre syndicalisme de transformation sociale. C’est l’ADN de notre organisation, syndicat de classe, qui défend les intérêts de ceux qui créent les richesses, les travailleurs et travailleuses. Un syndicalisme révolutionnaire, en rupture avec le capitalisme mondialisé, pour un monde plus juste, pour toutes et tous. Le capitalisme, sans cesse renouvelé, broie les travailleuses et travailleurs, détruit parfois jusqu’à nos vies, et brouille la conscience individuelle et collective sur les repères de classe et la valeur du travail. Notre organisation s’appuie sur des syndiqués acteurs et décideurs, pour que chacun et chacune prennent en main ses affaires, son avenir et s’organise dans la lutte pour gagner nos revendications et un vrai changement de société. La bataille des idées est une notion essentielle à travailler pour que chacun et chacune soient conscients que tous ensemble nous pouvons changer la donne. Cette conscience de classe, si elle ne se décrète pas, doit s’acquérir par des outils mis à disposition et développés par et dans notre organisation. Cela passe par l’information et la formation syndicale, la culture du débat, des échanges réguliers avec les syndiqués et les salariés, à toutes les étapes de la construction de nos cahiers revendicatifs, lors des négociations, tout au long du processus de lutte. Cette démarche démocratique, proposée et portée avec les syndiqués, est une condition essentielle pour l’adhésion du plus grand nombre à nos revendications, mais aussi pour permettre, par les échanges et le débat, une expression et une adhésion la plus large, ceci dans le but de gagner. Cette démocratie respectée n’est jamais inutile, bien au contraire, elle permet de faire bouger les lignes.

Le risque de l’institutionnalisation du syndicalisme

La mise en place des nouvelles instances du personnel dans les secteurs privés, et aujourd’hui dans le secteur public, a bousculé et bouscule encore nos pratiques. La réduction des droits et moyens syndicaux a eu pour conséquence que, parfois, les camarades se focalisent sur les instances, en se calant sur les calendriers des patrons, et ainsi glissant petit à petit vers une institutionnalisation du syndicalisme. Il est nécessaire de redonner toute sa place au syndicat, base de notre organisation, et que les droits et moyens syndicaux alloués via les instances représentatives du personnel (IRP) soient bien considérés comme des outils au service des syndicats et de l’organisation. Dans le même temps, nous devons bien évidemment revendiquer et regagner des IRP ouvrant à plus de droits et oeuvrer pour en conquérir de nouveaux en faveur des mandats pour lesquels il n’en existe pas. Il n’y a pas de petite ou grande lutte, chaque victoire est une étape de plus pour l’émancipation des salariés. Et ainsi, l’élévation des consciences est possible. Gagner nos revendications et transformer la société ne peut passer que par le rapport de force, un rapport de force puissant et déterminé. Le thème 2 a développé cette élévation du rapport de force par le nombre de syndiqués CGT et l’état de notre organisation. Cependant, il convient que nous avons besoin de travailler et de réfléchir avec toutes les forces progressistes pour l’élargir et le renforcer. Dans notre organisation, nous sommes conscients que celui-ci se construit en interne chaque jour, avec les syndiqués et les travailleurs, et en externe avec d’autres centrales syndicales, des associations et ONG, des partis politiques. Gagner l’élargissement et l’élévation du rapport de force, donc, cela se traduit par une CGT qui travaille sans cesse à gagner sur la bataille des idées, pour le renforcement de notre organisation et s’engage à oeuvrer à l’élargissement au-delà de celle-ci, pour créer les conditions du « tous ensemble ». La lutte contre la « réforme » des retraites que nous vivons en ce moment même démontre combien la force du nombre est une condition essentielle pour gagner, mais aussi combien il est nécessaire de travailler à l’unité avec d’autres organisations, à rassembler l’ensemble des travailleurs autour de bases communes. Il n’échappe à aucun d’entre nous, en revanche, que notre CGT est le moteur de l’ensemble des luttes, celle actuelle des retraites, bien sûr, mais aussi celles qui s’engagent sur de nouvelles conquêtes et pour le progrès social. C’est d’ailleurs pour cela que nous sommes dans le viseur du patronat, et que de nombreux militants CGT dans les entreprises sont victimes de discriminations, de pressions et de sanctions, allant parfois jusqu’au licenciement. Cela, nous ne pouvons l’admettre ! Oui, lorsqu’on touche à un militant CGT, on touche à toute la CGT !

Notre CGT est le moteur des luttes

C’est en partie pour cela que nous ne devons pas avoir de doute, ni d’appréhension, à travailler avec des organisations autres que la CGT, sur des bases communes, mais conscients de nos valeurs et de nos repères revendicatifs. Grâce à notre organisation, à nos campagnes revendicatives et nos luttes, aujourd’hui, de grands sujets sont évoqués ou mis en débat. Notre CGT est le moteur de l’ensemble des luttes : la retraite à 60 ans, la réduction du temps de travail, pour ne citer que celles-là. La CGT ne campe jamais sur des positions de retrait ou de recul de « réformes » libérales, elle les combat et porte des alternatives concrètes et atteignables. En cela, nous devons être fiers d’être des militants CGT, et de porter haut et fort notre projet pour une société plus juste. Chacun le sait, cela a été dit, aujourd’hui nous devons prendre soin de notre organisation. Nous devons lui donner de la force, car le capital a bien compris que le collectif est un danger pour son mode d’organisation. Partout, il s’évertue ainsi à le casser, en éclatant notamment le salariat, pour faciliter sa souveraineté économique et sa recherche insatiable de profit. Nous le disons tous, lors de nos formations syndicales par exemple, il y a trop peu de syndiqués dans notre pays – moins de 8 % – et il y a trop d’organisations syndicales. Ce n’est certainement pas une façon détournée d’introduire au débat une quelconque envie d’élargir notre CGT pour se faire plaisir, et encore moins de diluer nos valeurs et notre syndicalisme pour se laisser glisser vers des bases « réformistes », comme on peut parfois l’entendre dans nos rangs, c’est simplement en faire le constat. Prendre conscience de cette réalité, c’est aussi permettre de poursuivre et d’engager des débats sereins dans notre organisation. Nous ne devons rien nous interdire, tout en gardant à l’esprit que l’élargissement du rapport de force est indispensable pour améliorer les conditions de travail et de vie des salariés, jusqu’à ce changement de société plus juste pour le monde du travail. En cela, notre congrès n’en est pas au premier débat, il est nécessaire de se conformer à nos statuts confédéraux, titre 1, article 5, je cite : « La CGT se fonde sur une conception unitaire. Persuadée que l’intérêt des salariés est de s’unir, elle travaille à les rassembler. Elle se prononce pour l’édification d’une seule organisation syndicale de salariés. Elle agit pour l’unité et pour promouvoir un syndicalisme unifié. » Fin de citation. Là encore, le travail de la commission a permis de clarifier notre orientation dans ce domaine, d’en préciser le sens et la portée politique dans le cadre d’une démarche respectueuse de chaque organisation et syndicat et du fédéralisme. Cela a permis à la commission d’enrichir le texte, sur la base des amendements aboutissant à une écriture partagée. Oui, notre organisation a besoin de s’ouvrir et d’ouvrir en grand la réflexion, toujours dans le respect strict de nos repères revendicatifs, notamment sur l’environnement et l’urgence climatique. Parce qu’elle est un acteur public, parce que nous avons des choses à dire. Parce que notre monde de demain peut et doit être plus respectueux de l’environnement, c’est une urgence, tout en maintenant et en développant l’emploi, en améliorant les conditions de travail et de vie des travailleurs. Cela ne veut pas dire que la CGT renie qui elle est, ni ce qu’elle porte, ou encore ses repères revendicatifs. En revanche, discuter, débattre, s’interroger, évoluer, avancer sont des conditions sine qua non pour contrer le capital, qui se moque complètement des conséquences de ses actions sur la planète et encore davantage sur les peuples.

Un syndicalisme mondial difficile à faire vivre

L’engagement internationaliste de la CGT est une réalité historique et toujours bien vivante. Alors que le capitalisme mondialisé exploite les humains et épuise la nature, la classe ouvrière s’organise dans la plupart des pays en se constituant en syndicats. La CGT est profondément et intrinsèquement internationaliste. Face à la domination des sociétés multinationales, face aux impérialismes, face à la guerre, les travailleuses et travailleurs de tous les pays doivent s’unir. Le syndicalisme mondial est bien évidemment difficile à faire vivre, c’est une réalité, tant nous avons des modes de fonctionnement et d’action différents, parfois même d’un point de vue idéologique. Néanmoins, les coopérations européennes et internationales permettent, elles aussi, de peser dans le rapport de force au-delà de notre pays et de créer des solidarités. Pour ce faire, les organisations syndicales de tous les pays doivent se connaître, se rencontrer, échanger, coopérer. La CGT a choisi de tenir sa place et son rôle dans les confédérations à l’échelle européenne et internationale. La CGT y est respectée. Elle y influence les débats et participe à ce que des décisions utiles y soient prises. Nous avons ainsi amené la CES [Confédération européenne des syndicats, ndlr] sur nos positions dans des dossiers importants tels que le télétravail, le salaire minimum européen, le droit des migrants, la négociation collective en direction des travailleurs des plateformes… Sur ce sujet aussi nous avons eu de nombreux amendements, interrogeant nos affiliations internationales. Dans ce cadre, des amendements ont appuyé le fait que, concernant la CSI [Confédération syndicale internationale], un syndicat israélien affilié (Histadrut) n’y aurait pas sa place. La CGT s’engage à combattre les orientations de la Histadrut, qui reviennent à soutenir les politiques coloniales et discriminatoires de l’État d’Israël. Elle soutient l’affiliation à la CSI du syndicat de lutte et de classe Koach la Ovdim, qui regroupe des travailleurs juifs et arabes d’Israël et de Palestine sur des bases combatives, égalitaires et anticolonialistes. Elle continuera à soutenir les organisations et l’orientation de la CSI qui défendent résolument le peuple palestinien dans ses droits fondamentaux ainsi que la reconnaissance de l’État de Palestine. Comme le stipulent les statuts de la CGT, nous agissons à l’international en vue d’améliorer les droits des travailleurs et travailleuses, les libertés syndicales et les droits humains.

La paix, ce n’est pas l’absence de guerre

Autre sujet emblématique des valeurs de notre organisation : la paix. Comme le rappelle l’OIT, la paix ce n’est pas l’absence de guerre, mais bien un ensemble de conditions réunies qui permettent aux peuples leur autodétermination. La situation internationale et les multiples théâtres de guerre partout dans le monde, comme cela a été rappelé dans le rapport d’ouverture de notre congrès, doivent mobiliser toute la CGT et l’ensemble des forces de progrès à agir pour la paix et l’amitié entre les peuples. Ainsi, il nous faut poursuivre nos initiatives de solidarité internationale, tant en direction des peuples subissant des conflits armés que des blocus. Ainsi, la commission a travaillé sur cette partie dans un cadre qui ne s’appuie pas sur l’actualité, notamment sur la situation en Ukraine, mais place notre document d’orientation dans ce qu’il est, c’est-à-dire la détermination d’un cadre et d’une ambition politique transposable à l’ensemble des situations. En clair, notre document d’orientation n’a pas vocation à traiter des sujets d’actualité mais à définir un cadre politique et une visée de transformation sociale. Dans cette partie du document est aussi posée la question de la fabrication du commerce des armes, de la dissuasion nucléaire. Là encore, notre commission, en s’appuyant sur des amendements portés, a largement enrichi le texte qui s’inscrit aussi en pleine conformité avec nos repères revendicatifs. Voici, mes camarades, les quelques éléments rapidement brossés permettant de vous faire mesurer l’important travail réalisé sur ce thème 3, tant durant sa phase d’écriture que lors de l’important travail de commission, dans la nuit de lundi à mardi. Les amendements seront défendus cet après-midi pour l’heure ; place au débat et aux échanges. Vive la CGT !

Repère revendicatif